Une annonce donne un chiffre d'affaires et parfois un résultat. La liasse fiscale donne tout le reste : ce que le commerce achète, ce qu'il paie à ses salariés, ce qu'il verse au bailleur, et ce qu'il reste à la fin. C'est la pièce que le cédant a déposée auprès de l'administration fiscale : elle engage sa responsabilité, contrairement à un tableau fait pour la vente.
Quelle liasse avez-vous entre les mains ?
Selon la taille de l'entreprise, la liasse prend deux formes :
- Régime réel simplifié : formulaires 2033. Le 2033-A est le bilan, le 2033-B le compte de résultat. C'est le cas de la plupart des commerces de proximité.
- Régime réel normal : formulaires 2050 à 2059. Le bilan occupe les 2050 et 2051, le compte de résultat les 2052 et 2053. Le chiffre d'affaires net total figure en case FL du 2052.
Un micro-entrepreneur ne dépose pas de liasse. Son chiffre d'affaires se lit sur ses déclarations, mais ses charges ne sont écrites nulle part : il faudra les reconstituer à partir des relevés bancaires et des factures.
Demandez trois exercices, pas un
Un seul exercice ne dit pas si le commerce monte ou descend. Trois exercices montrent une tendance, et révèlent ce qu'un seul cache : une année gonflée par un événement ponctuel, une baisse amorcée avant la mise en vente, des charges qui augmentent plus vite que le chiffre d'affaires.
Si l'affaire a moins de trois ans, les relevés bancaires et les rapports de caisse prennent le relais. Ils sont moins lisibles qu'une liasse, mais ce sont des traces que le cédant ne réécrit pas.
Les lignes qui comptent
- Le chiffre d'affaires, séparé entre ventes de marchandises (ce qui est acheté pour être revendu) et production vendue (ce qui est fabriqué ou le service rendu).
- Les achats et la variation de stock. Rapportés au chiffre d'affaires, ils donnent la marge brute. Chaque secteur a ses repères : une boulangerie tourne autour de 70 %, une épicerie autour de 25 %.
- Les autres achats et charges externes : loyer, énergie, assurances, honoraires, crédit-bail. C'est là que se cachent les redevances de matériel qui n'apparaissent pas au bilan.
- Les salaires et charges sociales. Vérifiez si la rémunération du dirigeant en fait partie : dans une entreprise individuelle à l'impôt sur le revenu, elle n'y figure pas.
- Les impôts et taxes, dont la cotisation foncière des entreprises.
De ces lignes, on tire l'excédent brut d'exploitation (EBE) : ce que l'activité dégage avant les amortissements, les intérêts et l'impôt. C'est le chiffre qui fait le prix, à condition de le retraiter. Nous y consacrons un guide entier.
Les recoupements à faire
Une liasse est cohérente avec elle-même. Ce sont les autres pièces qui disent si elle est cohérente avec la réalité :
- Le loyer du compte de résultat correspond-il au bail et aux quittances ? Un écart peut signaler un loyer révisé récemment, ou un bail qui n'est pas celui qu'on vous a montré.
- Les salaires correspondent-ils aux effectifs annoncés ? Un salarié présenté comme « aide familiale » et non rémunéré devra être payé par le repreneur.
- Le chiffre d'affaires est-il cohérent avec les achats ? Dans un café, le rapport entre achats de boissons et ventes doit coller aux prix affichés.
- Le chiffre d'affaires suit-il la saisonnalité du métier ? Demandez-le mois par mois si la liasse ne suffit pas.
Ce que fait Reprio
Les liasses déposées par les cédants sont lues par notre moteur, qui en extrait ces lignes, calcule l'EBE et le recoupe avec le bail et les autres pièces. La note sur 100 affichée sur chaque annonce dit sur combien de pièces l'analyse repose. Les écarts relevés entre les pièces figurent dans le rapport détaillé.